Corte 96

Pourquoi les jeunes, garçons et filles,
sont-ils aussi peu nombreux en Corse ?
novembre 2013 - Contribution à l’élaboration du PADDUC

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Causes et pistes de solutions

Introduction

La deuxième étape du PADDUC est en cours d’étude. Dans une perspective d’ouverture démocratique, la conseillère exécutive chargée d’établir le texte, Maria Giudicelli, a consulté un nombre important d’élus et de représentants de la société civile. C’est à cette occasion que des membres du groupe Corte 96 ont décidé de contribuer au travail d’élaboration du plan. Comme le PADDUC aborde de fort nombreuses questions (économiques, politiques, sociales, culturelles, écologiques, etc.) qui, avec l’aide de spécialistes, sont étudiées en détail par les rédacteurs du document, nous avons décidé de nous en tenir à l’examen d’un seul problème dont les conséquences sont lourdes pour l’avenir des Corses.

Notre questionnement s’exprime de la manière suivante : « Pourquoi les jeunes, garçons et filles, sont-ils aussi peu nombreux en Corse ? » Nous sommes, en effet, maintenant, la région la plus vieille de France et l’une des plus vieilles d’Europe. Si cette tendance délétère se prolonge, la moyenne d’âge de la Corse dépassera 55 ans dans peu d’années et l’on recensera, du Cap à Bonifacio, un plus grand nombre de personnes dépassant 80 ans que de jeunes gens âgés de moins de 20 ans. Il résultera de cette hémorragie un nouveau monde, composé d’une majorité de vieilles personnes souvent étrangères à l’île. D’où la nécessité d’inverser, autant qu’il est possible, la tendance néfaste que l’on observe et qui montre clairement, aujourd’hui, que le nombre de jeunes en corse s’effrite.

Pour étudier toutes ces questions, les membres du groupe Corte 96 se sont réunis depuis quelques mois. Ils ont enquêté et ont utilisé pour répondre aux questions posées une méthode qualitative systémique à laquelle nous avons déjà eu recours en d’autres circonstances.

Nous présentons ici la synthèse de ce travail, articulé selon la méthode médicale classique : après avoir étudié les symptômes et posé le diagnostic (Première partie) on proposera une panoplie de remèdes qui devraient contribuer à renverser le courant actuel (Deuxième partie)    

 

1ère Partie : POURQUOI SI PEU DE JEUNES EN CORSE ?

Le phénomène est principalement dû au manque de perspective économique et au chômage, mais ces sujets sont largement traités dans le cadre des travaux du PADDUC.

Nous abordons donc le problème sous d’autres angles : ceux de la famille, du non-développement, de la formation et de l’isolement.

1 - LES PROBLÉMATIQUES D’UNE POLITIQUE DE LA FAMILLE

Un contexte social bouleversé

La transmission des valeurs traditionnelles entre parents et enfants est altérée

La fin de la cohabitation entre générations, avec l’éloignement géographique et la différentiation des modes de vie qui en résultent, sont sans doute à l’origine de cette situation. 

L’évolution de la place des femmes dans la société ne fait  pas encore consensus  

Les revendications sont en effet toujours les mêmes : reconnaissance des droits spécifiques,  égalité hommes-femmes  et  partage du pouvoir de décision dans tous les domaines

Les hommes sont plus ou moins réticents à la remise en cause de leur propre statut  

La prise en charge des enfants, par exemple, n’est  plus l’apanage des femmes,  comme c’était le cas  dans le système matriarcal de jadis, mais les hommes ont souvent du mal à l’admettre

Le modèle familial mis à mal

Le pourcentage de personnes vivant seules est en augmentation

Autre conséquence de la décohabitation, ce phénomène affecte notamment les personnes âgées et il  est aggravé par le coût du séjour dans les établissements spécialisés. 

Les familles monoparentales sont de plus en plus nombreuses

Les conditions de vie sont particulièrement dures pour les familles de ce type (solitude, manque de ressources), mais elles ne font  pourtant pas l’objet d’un suivi spécifique 

La proportion des divorces est très élevée : environ 1 divorce pour 2 mariages

Il n’y a pas de structure facilitant le règlement de la problématique emploi/ressources /logement des jeunes couples, dont la stabilité est pourtant tributaire.

L’angoisse de l’avenir hypothèque le développement des familles

La société contemporaine tend à privilégier l’enfant unique, véritable enfant-roi qu’il convient de protéger contre les risques de l’existence plutôt que de le  responsabiliser

Des moyens médico-sociaux insuffisants

Le taux des avortements pratiqués en Corse est l’un des plus élevés de France

L’éducation sexuelle et les missions du Planning Familial n’étant plus convenablement assurées, l’Interruption Volontaire de Grossesse  est devenue  un moyen de contraception

Les  dispositions en faveur de  la natalité  ne sont pas à la hauteur des enjeux

Il n’y a pas de centre de procréation médicalement assistée, certaines spécialités manquent de praticiens (obstétrique, pédo-psychiatrie, etc.) et la procédure d’adoption d’enfants est dissuasive

Les équipements d’accueil de la petite enfance sont trop peu nombreux

Le déficit est patent en matière de crèches, de haltes-garderies, voire d’écoles maternelles, et les centres de Protection Maternelle et Infantile sont saturés

La prévention des conduites à risques ne mobilise pas l’opinion publique

Accidents de la route, comportements addictifs et dépendances de tous ordres affectent des pans entiers de la jeunesse insulaire

2 - LE  NON-DÉVELOPPEMENT  DURABLE

Une formation professionnelle à rendre plus lisible

L’adaptation de l’offre de formation  aux besoins réels de l’économie locale est difficile à réaliser

 

Il y a un décalage entre les niveaux de qualification recherchés par les jeunes et les attentes des entreprises

Le développement de la formation en alternance rencontre des obstacles

Plus de 90% des entreprises sont de très petites entreprises (TPE)  avec lesquelles il est difficile de    développer des formations en raison du coût et de l’exigence d’un tutorat

Il n’existe pas assez d’écoles de la deuxième chance

Ce type de structure apparait pourtant actuellement comme étant adapté à la solution  des problèmes posés par le décrochage en fin de scolarité

Un marché de l'emploi atone

L’offre d’emplois est inférieure à la demande peu diversifiée et faiblement attractive

Les secteurs concernés sont surtout ceux du BTP (avec la concurrence des travailleurs immigrés) et de  l’hôtellerie-restauration (dans lequel dominent les emplois saisonniers)

Les demandeurs d’emplois privilégient la recherche d’emplois durables donc publics

La création des emplois d’avenir permet aux collectivités locales de continuer à recruter  sur des postes d’exécution n’offrant  généralement aucune  possibilité d’avenir.

Des conditions de vie précaires

Le coût de la vie est devenu exorbitant pour un  nombre croissant d’insulaires

 En Corse les  salaires dans le privé sont inférieurs de 15 à 20 %  à ceux du continent et les prix de détail supérieurs de 10 % à la moyenne nationale

Deux catégories de personnes sont particulièrement touchées par cette situation

Il y a des jeunes couples qui vivent avec un  seul salaire, faute d’avoir deux emplois,  et des jeunes célibataires qui retardent le moment de fonder un foyer, par manque d’un revenu suffisant

L’accès au logement reste pénalisé par une demande  très supérieure à l’offre,  

 Faute de terrains constructibles la production de logements notamment sociaux demeure très inférieure aux besoins et la  crise du logement perdure qui frappe en priorité les plus démunis

3 - UN ISOLEMENT PESANT

Une société bloquée

Le discours habituel  reste sans espoir

  Une tendance incoercible  pousse à surévaluer nos handicaps et à minimiser nos atouts, tout en relativisant ou en dénigrant  des réussites d’entreprises locales pourtant exemplaires 

La présence de l’économie souterraine est de plus en plus invasive

Travail au noir, escroqueries, trafics, racket, autant de dérives mortifères pour le corps social, mais qui contribuent à populariser en le banalisant le mythe de l’argent facile

Le syndrome de l'enfermement

La pénurie d’emplois incite au départ les jeunes corses généralement vers le continent

C’est  le cas des diplômés qui n’auraient pas d’autre solution que de « s’expatrier » pour  essayer de trouver ailleurs un emploi correspondant à leur qualification 

Il n’y a pas d’aide incitative au retour pour les corses résidents à l’extérieur

Ainsi se prive-t-on de la connaissance d’expériences professionnelles dont pourraient nous faire bénéficier les membres de la diaspora désireux de se réinstaller au pays  

2ème partie : LES ORIENTATIONS STRATÉGIQUES

Pour chacun des trois axes stratégiques, étudiés précédemment, on déterminera des objectifs propres à améliorer la situation actuelle ; on mettra au jour les résultats auxquels on souhaite parvenir et l’on proposera un certain nombre d’actions destinées à réaliser les finalités proposées.

Nous avons délibérément choisi de ne pas aborder les problèmes cependant majeurs qui touchent à l’emploi, au logement, à la précarité, car ils sont déjà largement étudiés par les travaux du PADDUC.

Nous avons surtout voulu porter nos propositions sur d’autres axes, les moins développés jusqu’à maintenant, pour qu’ils s’associent de façon complémentaire aux propositions figurant déjà dans le PADDUC.

1 – LA PRIORITÉ DES PRIORITÉS : ÉLABORER UNE POLITIQUE DE LA FAMILLE

Parvenir à ce but suppose de promouvoir la place des femmes dans la société corse d’une part et de trouver des moyens pour repeupler les villages en les rajeunissant d’autre part.

Tout d'abord, formuler une politique familiale cohérente

Si l’on vise une augmentation de la natalité, il convient de favoriser la constitution plus vive de couples solides, puis de fortifier ceux-ci et de les soutenir en cas de séparation.

Dans cette perspective, on élaborera une batterie comprenant neuf objectifs.

Objectif 1 : restaurer l’audience du planning familial

Le but à atteindre :

On veut que les couples parviennent à maîtriser la natalité qu’ils désirent, mais pas au prix d’une extension du nombre des IVG, actuellement trop fréquentes. L’IVG ne doit plus être considéré comme un moyen banal de contraception, mais comme un acte exceptionnel et grave. Pareille finalité n’est pas nouvelle mais, même si l’existence du planning familial date des années 1950, son audience s’est émoussée au cours du temps. Il faut donc rappeler sa raison d’être.

Nos préconisations :

● Faciliter l’accès à la contraception

● Analyser les différents facteurs qui expliquent le fort taux d’IVG en Corse

● Diffuser largement l’information sur ces questions

● Améliorer l’éducation sexuelle des jeunes

Objectif 2 : soutenir les actions tournées vers la petite enfance

Le but à atteindre :

Répondre au désir des parents d’avoir des enfants et  rendre cette motivation compatible avec l’épanouissement professionnel.

Nos préconisations :

● Créer des crèches en nombre suffisant

● Mieux prendre en charge les éventuels handicaps des enfants afin que les familles touchées ne s’expatrient pas vers les régions où ce handicap est mieux pris en charge

● Renforcer et élargir la mission et les moyens des PMI : les centres de protection maternelle et infantile sont actuellement saturés par la demande (augmentation des familles en situation de précarité) et voient leur champs d’action s’élargir, ils ont besoin de plus de moyens humains et matériels

● Favoriser le maintien et le développement des écoles maternelles

Objectif 3 : accompagner les jeunes couples dans les situations difficiles qu’ils rencontrent

Le but à atteindre :

Éviter l’isolement des jeunes couples, prévenir leur éclatement, en gardant à l’esprit que les principales difficultés menaçant la stabilité des couples proviennent essentiellement de trois causes : le manque d’emplois, le manque de ressources et le manque de logements.  

Nos préconisations :

● Favoriser l’accès au logement des jeunes couples

● Abaisser les barrières à l’installation des couples : l’indivision ou les locations estivales par exemple

● Offrir des espaces de rencontres destinés aux jeunes couples citadins qui se sentent isolés

● Organiser des rencontres-débats portant sur les difficultés rencontrées par les jeunes couples

● Développer des actions du type de celles menées  par l’association Ressources Parentalité  qui propose des rencontres entre parents, des réunions mensuelles à thème, des ateliers de parents et des formations, notamment en faveur des familles vulnérables 

Objectif 4 : renouer le dialogue parents-enfants

Le but à atteindre :

La vie moderne avec ses sollicitations et les tracas qu’elle engendre brise souvent les échanges nécessaires pour que les parents et les enfants se comprennent. Nous souhaitons  rétablir des liens entre les uns et les autres par la parole.

Nos préconisations :

● Inciter au dialogue plus fréquent des parents avec les enfants en s’appuyant sur l’utilisation des réseaux sociaux

● Favoriser la création  d’« écoles des parents » : les activités de l’association Ressources Parentalité (déjà citées ci-dessus) et son projet de création d’un « café des enfants » s’inscrivent totalement dans cette perspective

                                                                                           

Objectif 5 : aménager une vie professionnelle qui concilie les exigences du travail et les obligations de la vie familiale

Le but à atteindre :

Harmoniser les contraintes professionnelles et les occupations de la maternité.

Notre préconisation :

● Inciter les directeurs des ressources humaines dans les entreprises et dans l’administration à élaborer avec les représentants du personnel des accords, des chartes, préservant le rôle parental

Objectif 6 : soutenir les familles mono parentales

Le but à atteindre :

Voilà un groupe social fort présent en Corse. Il endure bien des peines que l’on ne prend pas suffisamment en compte. On veut pouvoir mieux accompagner ces femmes seules - parfois aussi ces hommes ! - afin de les aider à se reconstruire et à mieux prendre en charge la difficile éducation des enfants.

Nos préconisations :

● Identifier des moyens spécifiques destinés à aider ce public

● Multiplier les garderies

● Favoriser la création de réseaux de soutien à ces familles. Dans cette perspective : s’appuyer sur les éventuelles aides inter générationnelles

Objectif 7 : soutenir le secteur associatif à vocation sociale dédié à la jeunesse

Le but à atteindre :

Bon nombre d’associations sont mises en péril en raison de la diminution des subventions. Il convient donc de reconnaitre leurs missions de service public et de les aider autant que possible.

Nos préconisations :

Trouver des aides et mettre à disposition des associations des compétences techniques nécessaires à leur bon fonctionnement

● Soutenir les associations dont les actions s’inscrivent dans la charte régionale de lutte contre la pauvreté

Objectif 8 : diminuer la mortalité des jeunes

Le but à atteindre :

Réduire fortement le nombre de ces drames dus à de multiples causes : accidents de la route, suicides, addictions, ports d’armes qui conduisent à transformer de banales altercations en meurtres.

Nos préconisations :

Ces différentes situations représentent le stade terminal de l’évolution d’un certain nombre de facteurs qu’il faut identifier et prévenir en amont afin qu’ils n’aboutissent pas à ces drames

 L’étude de ces différentes formes de mortalité précoce reste du ressort d’institutions qui s’en préoccupent déjà dans le domaine de la santé publique, de l’éducation, de la police, de la justice …

 Certaines de nos préconisations contribuent  à la prévention de ce phénomène

Objectif 9 : Favoriser les  entraides intergénérationnelles

Le but à atteindre :

Exploiter les nombreuses compétences des personnes âgées au bénéfice des jeunes.  Cette mesure gratuite présente l’avantage d’être gratifiante pour tous.

Nos préconisations :

● Multiplier les occasions de rencontres qui existent déjà : chants,  orchestres, fêtes, manifestations culturelles, etc.

● Inclure des jeunes dans la préparation et l’organisation des évènements existants

● Organiser l’aide des seniors auprès des jeunes (aide auprès des familles monoparentales, grands-parents « d’adoption », soutien scolaire, incitation à rejoindre les associations, etc)

Davantage de place pour les femmes!

Il est urgent de  remplacer toutes les traces de l’antique modèle familial méditerranéen traditionnel, que renforçait encore l’insularité, par un système où la femme est considérée strictement comme l’égale de l’homme.

Objectif 1 : promouvoir la place des femmes dans la société corse

Le but à  atteindre :

Augmenter le nombre des  femmes intervenant à tous les niveaux hiérarchiques,  dans tous les secteurs de la vie de la Cité : politiques, économiques, administratifs, culturels, associatifs, etc.

Nos préconisations :

● Faire connaitre et valoriser  les réussites des femmes chef d’entreprise

● Imposer  autant qu’il est possible des femmes  à des postes de décision de toute sorte, à l’instar de ce qui se fait dans le domaine politique

● Réactiver une institution qui a perdu de son influence : la Délégation aux droits des femmes

● Favoriser l’accession des femmes aux postes de responsabilité majeurs (député, sénateur, conseiller général, maire, directeur de service administratif, etc.)

Objectif 2 : promouvoir le rôle de la femme

Le but à atteindre :

 Rompre avec les images sexuellement connotées des métiers : ne pas oublier que le leader de la Patrouille de France est une femme !

Notre préconisation :

● Développer l’information sur tous les métiers accessibles aux femmes 

Objectif 3 : favoriser la professionnalisation de métiers d’aide à la personne. En améliorer l‘image

Le but à atteindre :

Il n’est pas  contradictoire avec la proposition précédente, car il convient de prendre en compte une réalité : des tâches d’assistance utiles mais ingrates et de plus en plus fréquentes doivent être remplies. D’où leur faible attrait. Du reste, elles sont actuellement accomplies le plus souvent par des femmes issues de l’immigration. Il convient donc de les revaloriser sur le  plan de la reconnaissance sociale et sur celui du salaire.

Nos préconisations :

● Multiplier les formations diplômantes pour les jeunes candidat(e)s

● Utiliser les ressources fournies par la valorisation des acquis de l‘expérience (VAE) pour les plus ancien(ne)s

Davantage de jeunes dans les villages!

L’objectif général est ambitieux, car il n’est réalisable qu’à un terme relativement éloigné.

Il s’agit de  créer d’abord les conditions favorables à l’installation des jeunes couples dans les villages (logements, écoles, emplois). Cet afflux de nouveaux venus, s’il se produit, devrait   fixer plus fermement la population dans les villages.

Pareil mouvement de repeuplement de l’intérieur devrait entrainer une amélioration de la qualité de vie d’un nombre important d’insulaires, l’existence au village, assortie de commodités modernes, paraissant plus agréable qu’une vie en ville souvent isolée et solitaire.

Mais toute réforme bouscule des avantages acquis. Des freins à ce changement se manifesteront et il faudra les amoindrir. (par exemple : ceux provenant des exploitants d’entreprise de transport scolaire qui risquent de ne plus avoir de clients).

Objectif 1 : favoriser le maintien des enfants scolarisés au village

Le but à atteindre :

Créer dans le rural  des établissements scolaires, écoles primaires et collèges, de qualité égale à ceux qui existent en ville, de façon à ne pas pénaliser les enfants des villages au cours de leur scolarité.

Nos préconisations :

● Développer le « cartable électronique » et le tutorat à distance pour les écoliers dont la résidence est trop éloignée d’un établissement scolaire. (cf. l’exemple du département des Landes)

● Affecter dans les établissements ruraux des enseignants très expérimentés

● Réduire les temps de transport des enfants entre la maison et l’école

Objectif  2 : créer des lieux d’échange « intelligents » dans les villages

Le but à atteindre :

Tisser,  à l’intérieur des villages, des liens sociaux correspondants aux exigences de notre temps et qui ne s’articulent pas sur un passé révolu. Ces initiatives  peuvent aussi servir à relancer l’entrepreneuriat, comme nous allons le constater.

Nos préconisations :

● Inventer un nouveau concept de « maison de la culture » articulé avec les établissements scolaires

● Favoriser la création de clubs (sportifs, d’informatique, d’histoire, d’échecs, etc.)

● Encourager la créativité sous de multiples formes (ateliers de dessin, de sculpture, de création musicale, etc.)

2 - SORTIR DU NON-DÉVELOPPEMENT DURABLE

L’économie corse, trop enfermée dans la dépendance, échappera à ce piège en favorisant   l’entrepreneuriat et en luttant contre l’échec scolaire afin de disposer d’un « capital humain » plus compétent.

Favoriser l'entrepreneuriat

L’économie post-moderne n’est pas constituée uniquement de firmes géantes et de groupes planétarisés.

Les petites entreprises ne manquent pas d’atouts dans le jeu mondialisé. Une preuve ? Elles sont les seules créatrices d’emploi. Mais pour que l’esprit d’entreprise fleurisse dans une société, il convient de faire peau neuve, de se débarrasser des archaïsmes et surtout il est nécessaire d’apprendre à entreprendre.

Objectif 1 : lutter contre l’économie souterraine

Le but à atteindre :

Faire en sorte que les entreprises créées légalement aient davantage de chances de réussir face à une concurrence déloyale,  pauvre et solidement implantée !

Nos préconisations :

● Renforcer les contrôles légaux du travail dissimulé

● Lancer une campagne d’explication du rôle destructeur pour l’économie du travail non déclaré

● Chercher des solutions adaptées à chaque jeune pour qu’il puisse vivre dignement de son travail : accompagnement réel par « Pôle Emploi »

Objectif 2 : susciter la création d’entreprises

Le but à atteindre :

Provoquer un vif engouement pour créer ou reprendre des entreprises dynamiques et solides.

Nos préconisations :

● Relancer la création de pépinières d’entreprises

● Mettre en place des structures d’accompagnement des chefs d’entreprises
(ex : A Prova)

● Inciter les banques à développer des fondations d’aide à l’entrepreneuriat
  (mécénat financier, mécénat de compétences,

● Faire collaborer l’université et les organisations consulaires pour créer une école d’entrepreneuriat

● Accompagner les entreprises dans leurs difficultés administratives

● Faciliter la création des auto-entreprises

● Créer un statut de la jeune entreprise

● Prendre l’exemple des pratiques  italiennes  pour parvenir à simplifier les procédures administratives

Objectif 3 : augmenter le nombre de formations courtes pour des débouchés locaux

Le but à atteindre :

Répondre à la demande des entrepreneurs locaux.

Nos préconisations :

● Donner plus de souplesse à l’appareil de formation (enseignement technique de l’éducation nationale, instituts consulaires, AFPA)

● Recentrer les  BTS et IUT sur leur  mission de formation courte de techniciens supérieurs, formation dont la vocation est de déboucher directement sur l’emploi et non pas de constituer la première étape d’un parcours universitaire long

Objectif 4 : valoriser les réussites professionnelles et humaines locales

Le but à atteindre :

Susciter des vocations plus nombreuses d’entrepreneuriat (création d’entreprises nouvelles) et d’intrapreneuriat (création d’activités nouvelles par des employés créatifs dans une entreprise qui existe déjà).

Nos préconisations :

● Identifier les succès locaux

● Faire largement connaitre les réussites (agricoles, commerciales, artisanales, industrielles, etc.) dans les médias

● Valoriser les initiatives des immigrés (à l’exemple de l’association Atlas)

Inciter la production de documentaires valorisant les réussites locales (financement CTC)

● Développer le nombre de prix récompensant les entreprises qui réussissent, cela existe déjà, mais est peu connu

● Inciter les chefs d’entreprises à stimuler l’intrapreneuriat

Objectif 5 : prendre des mesures favorisant la création d’entreprises et l’entrepreneuriat

Le but à atteindre :

Multiplier les initiatives créatrices.

Nos préconisations :

● Rechercher des exemples au Canada pour sa politique favorisant l’entrepreneuriat

● Proposer des incitations fiscales

● Rendre plus faciles les démarches administratives

● Assurer une meilleure coordination des différents services concernés (ADEC, Pôle Emploi …)

Lutter contre l'échec scolaire et universitaire

Une préoccupation majeure : diminuer le nombre des laissés pour compte, abandonnés  par le système actuel et qui n’ont pas d’autre avenir que les « poor jobs » et le travail clandestin.

Objectif 1 : réhabiliter l’image de la réussite par l’école

Le but à atteindre :

Revaloriser les apprentissages de base et les formations qualifiantes pour la raison simple qu’un jeune formé a beaucoup plus de chance de trouver un emploi.

Nos préconisations :

● Améliorer l’image du système d’éducation et de formation, surtout auprès du public des garçons

● Encourager l’« école du sport » en tant que facteur éducati,

● Faire des campagnes de réhabilitation de la réussite par l’école grâce à la possession de diplômes

Objectif 2 : diminuer les échecs universitaires

Le but à atteindre :

Augmenter les taux de réussite aux examens des premières années à l’université. Il est intolérable de constater des taux d’échecs fréquents de 70%  des membres d’une promotion.

Nos préconisations :

● Organiser une année propédeutique à l’entrée de l’université, eu égard au nombre d’étudiants accédant en première année qui ne maitrisent pas les outils pour entamer des études universitaires (autonomie dans l’organisation du travail, prise de notes, recherches bibliographiques, etc.)

● Viser un seuil maximum de 30% d’échecs

Objectif 3 : repenser la formation en alternance

Le but à atteindre :

Cette mesure d’apprentissage est stimulante pour les jeunes, à tous les niveaux,  en formation générale ou professionnelle. Il convient d’en étendre le périmètre à de nouveaux secteurs d’emploi et, chaque fois que c’est possible, à différents niveaux (secondaire et post-bac)

Nos préconisations :

● Augmenter le nombre des secteurs où des formations de ce type peuvent se pratiquer

● Inciter les entreprises à embaucher des apprentis

● Faciliter la mise en pratique des formules existantes

● Exploiter le droit à l’expérimentation de la CTC pour créer des formules adaptées à nos réalités

Objectif 4 : créer des écoles de la « deuxième chance »

Le but à atteindre :

Ne pas laisser à l’abandon les jeunes qui sont exclus du système scolaire à seize ans sans le moindre diplôme. Ils doivent recevoir une formation de base (compréhension de texte, orthographe, calcul, etc.) qui leur permet d’intégrer les formations générales et/ou professionnelles.

Nos préconisations : 

● Créer des écoles de la « deuxième chance » pour remédier aux  sorties du système scolaire en classe de 3ème (Actuellement environ 250 élèves pour toute l’académie de Corse,

● Utiliser les ressources de l’éducation nationale et de l’AFPA qui possèdent des moyens pédagogiques et de l’expérience dans ce domaine

● Adapter les écoles de la « deuxième chance » au public des jeunes en échec  dans les classes de terminale d’enseignement général pour les orienter vers les  Bacs Pro

Objectif 5 : étendre et améliorer le système de formation professionnelle

Le but à atteindre :

Combler les lacunes actuellement constatées. Faire de l’appareil corse de formation un système performant alliant les compétences techniques  au désir d’entreprendre.

Nos préconisations :

● Porter une attention particulière à l’élaboration et, surtout, à la mise en œuvre du plan régional de formation (compétence CTC en liaison avec l’État), afin d’ajuster à la demande des employeurs le système de formation continue des jeunes adultes

● Solliciter prioritairement le service public et, pour cela, exploiter notamment les potentialités multiples des GRETA et renforcer le rôle de l’AFPA

● Financer la participation de certains jeunes à des formations dispensées sur le continent correspondant à nos besoins

● Revaloriser les métiers manuels. Toutes nos institutions sont concernées : la CTC, l’éducation nationale, les chambres consulaires, l’AFPA,  le MEDEF, la CGPME, le FONGECIF, etc.

Objectif 6 : une meilleure orientation aux différents stades des études

Le but à atteindre :

Éviter tous les échecs dus à  une mauvaise orientation.

Nos préconisations :

● Optimiser le recours à nos services d’orientation

● Utiliser les TIC à cet effet

● Inciter  les entreprises à accueillir les élèves ou les étudiants dans des stages plus  nombreux de sensibilisation

● Faciliter les changements d’orientation en cas d’erreur 

Aider les deux segments de la population qui déploient le plus d'efforts pour réussir : les jeunes filles et les jeunes immigrés

Le but à atteindre :

Assister plus spécialement ces deux groupes désireux de réussir, mais parfois handicapés dans leurs initiatives.

Nos préconisations :

● Rendre anonymes les curriculum vitae

● Chercher des parrainages d’entreprises  avec les associations prenant en charge l’immigration

  Soutenir les associations qui luttent contre le racisme

Maitriser l'usage des TIC

Il s’agit d’améliorer les compétences  de la population et de réduire la fracture inter générationnelle.

Objectif 1 : apprendre aux enfants à être les acteurs du système de communication

Le but à atteindre :

Augmenter l’autonomie des enfants et les préparer aux changements technologiques.

Nos préconisations :

● Enseigner aux enfants à mieux utiliser les nouveaux modes de communication

● Rendre les enfants aptes à devenir autonomes par rapport au système de communication

● Organiser des évènements où sont associés jeunes et seniors (par exemple autour de jeux d’échecs)

Objectif 2 : contribuer à améliorer l’emploi des TIC

Le but à atteindre :

Chacun doit être en mesure d’utiliser ces nouveaux outils.

Nos préconisations :

● Favoriser la création de logiciels adaptés aux jeunes

● Éduquer les seniors à utiliser internet

3 - ROMPRE L’ISOLEMENT

La Corse n’est plus une île perdue quelque part en Méditerranée, à mi-chemin entre l’Europe relativement opulente et les mondes en développement. On doit s’ouvrir largement à tous les vents.

Attirer les compétences professionnelles dont nous avons besoin

Dans un contexte européen où certaines professions paraissent sinistrées, c’est au terme d’une démarche organisée, semblable à celle déployée par un chasseur de têtes,  que l’on fait venir en Corse les talents professionnels nécessaires au développement.

Objectif : organiser les moyens d’attirer les professions souhaitées

Le but à atteindre :

Combler les manques recensés

Nos préconisations :

● Centraliser la prospection des professionnels spécialisés dont manque la Corse

● Ne pas limiter la prospection à la France. Les spécialistes dont on a besoin peuvent venir de pays voisins. Les maghrébins bien formés sont francophones, donc facilement intégrables dans nos entreprises

Regarder au loin!

Objectif 1 : recourir aux possibilités offertes par  la diaspora pour les jeunes

Le but à atteindre :

Former les jeunes corses partout où on y trouve un intérêt et des facilités.

Notre préconisation :

● Utiliser systématiquement les entreprises de la diaspora afin de  trouver des stages pour les  jeunes en formation

Objectif 2 : faire venir des jeunes d’ailleurs

Le but à atteindre :

Attirer des jeunes étrangers compétents qui peuvent soit s’installer en Corse, soit nous aider une fois revenus chez eux.

Notre préconisation :

● Proposer des formations générales et professionnelles innovantes susceptibles de faire venir des étudiants venus d’ailleurs (par exemple  dans le secteur de l’audiovisuel) 

Objectif 3 : ouvrir sur la Méditerranée

Cf.  nos textes consultables sur www.corte96.org : PADDUC 1, défis pour l’avenir

Conclusion

Aucun groupe humain, qu’il s’agisse d’un État, d’une Région, voire d’une famille, ne peut éluder les bouleversements de sa propre démographie. En effet, lorsqu’une société se heurte à de graves déséquilibres de sa population, on voit surgir des maux qui affectent le vivre-ensemble, l’activité économique et la création culturelle. Tel est aujourd’hui, hélas, le cas en Corse, où l’on enregistre un  déficit croissant de jeunes, garçons et filles. Aussi nous a-t-il paru des plus urgents de remédier à un tel déclin et nous avons proposé aux rédacteurs du PADDUC, qui du reste partagent nos inquiétudes, un ensemble de remèdes.

Souhaitons que ces mesures permettent d’inverser la tendance, afin que la population de notre ile, stimulée par sa jeunesse, retrouve une nouvelle vitalité.

oOo

CORTE 96

Anna CECCALDI, Hélène et Philippe DUBREUIL, Estelle CASTA-CERVETTI, Jean-Pierre BONNAFOUX, Gaston PIETRI,
Lucien FERRACCI, Jacques ORSONI, Sampiero SANGUINETTI, Noel PINZUTTI, François PERNIN
, Sampiero SANGUINETTI.